Conseil et coach en communication et en négociation
Conseil et coach en communication et en négociation
06.12.2018
Philippe Etienne
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Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais alors que la voie "République-Bastille-Nation" est le tracé le plus fréquent des manifestations sociales, le trajet autour de Montparnasse aussi parfois, histoire de changer de riverains, le boulevard St Michel le lieu historique de la contestation étudiante, nous assistons à l'émergence des Champs Elysées comme l'avenue dédiée au défilé des émotions. C'était peut être déjà vrai du temps où cette avenue était réquisitionnée pour les défilés du 14 juillet ou l'arrivée du Tour de France, mais, en l'espace d'un an, les choses ont pris un tour émotionnel particulièrement accentué. Ainsi, décembre 2017, il y a un an tout juste, nous avons vu les Champs Elysées dédiés à la Tristesse. Johnny était mort, la France le pleurait, les motards l'escortaient, Macron était applaudi et le peuple tout entier ou presque bien sûr (il y a toujours des mauvais coucheurs), se rendait à la messe. Dans le genre, un bijou. Juillet 2018 a vu les Champs Elysées dédiés à la Joie. C'était la Coupe du Monde de Foot, l'équipe nationale avait gagné d'abord son passage en Finale ("on est en finale on est en finale on est en finale"...), puis sa deuxième étoile "20 ans après" comme le titre donné par Alexandre Dumas à la suite des Trois Mousquetaires. Les choses passaient un peu trop vite, Macron était un peu moins applaudi, il y avait davantage de mauvais coucheurs, non pas à cause de l'équipe, intouchable, mais à cause de l'organisation de cette célébration. Le 17 et 24 Novembre, puis le 1er Décembre, ont été dédiés sur les Champs à la Colère. Comme celle-ci se nourrit d'un peu de tout tel le Gremlin destructeur, elle ravage, jusques et y compris les symboles nationaux a priori les plus respectables (Tombeau du Soldat Inconnu), les agresseurs étant d'ailleurs de la même eau que ceux qui violent des sépultures les soirs de beuveries ou d'excès de shit dans la campagne des bleds paumés. Il nous reste deux émotions à vivre : le samedi 8 Décembre sera-t-il la journée de la Peur ? Tout montre que nous en prenons le chemin. Et puis bien sûr, même si cette émotion n'est pas toujours considérée comme une émotion dite "primaire", il y aura, un jour et je ne sais pas quand, une manifestation pour exprimer le Dégoût. Enfin, si j'en crois l'infernale bêtise sans fond qui traîne sur les rézocios, Edouard Philippe devrait préparer ses valises, Macron vérifier qu'il n'y a plus de guillotine en activité et le général de Villiers, héros d'un passage incontestablement réussi à On n'est pas couché, se préparer à regarder les Gilets Jaunes "à hauteur d'homme". A la fin d'un mouvement insurrectionnel, c'est toujours le parti de l'Ordre qui rafle la mise. N'oubliez pas d'écouter Joe Dassin ce week end pour vous changer les idées.
18.11.2018
Philippe Etienne
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La couleur mal-aimée Dans "Les Couleurs de nos Souvenirs", livre hautement recommandable que des amis ont eu l'excellente idée de m'offrir il y a quelques années, l'historien Michel Pastoureau fait référence à toute une série d'enquêtes d'opinion réalisées en Europe et aux Etats-Unis depuis les débuts du XXème siècle, notamment par les agences de marketing et de publicité. Ces enquêtes consistent, explique Michel Pastoureau, à interroger les passants dans la rue en leur demandant "quelle est votre couleur préférée ?". Question simple et directe et ne seront prises en compte que les réponses spontanées, car ce qui compte, c'est l'imaginaire de chacun, pas telle ou telle pratique de la couleur ni son aspect matériel. Les résultats de ces enquêtes sont d'une extraordinaire constance. Selon Michel Pastoureau (cf p 206 de l'ouvrage), que l'on soit en 1890, en 1930, en 1970 ou en 2000, la couleur qui arrive en tête est le bleu (entre 40 et 50% des réponses), suivie du vert (entre 15 et 20%). Un peu plus loin vient le rouge (entre 12 et 15%). Le blanc et le noir sont distancés (environ 5 à 8% chacun). Le jaune reste le mal aimé de service avec moins de 2% des réponses. Quant aux couleurs "du second rang" (rose, orangé, violet, gris ou brun), elles ne se partagent que des miettes. Plus intéressant encore, ces résultats sont similaires dans toute l'Europe, ils ne changent pas non plus selon le sexe, la catégorie socio-professionnelle ou encore l'âge. Bref, la messe est dite : d'abord le bleu, puis le vert, le rouge, le blanc et le noir et le jaune pour fermer la marche. Le jaune est la couleur des parias : c'était la couleur de l'étoile imposée aux juifs par les nazis. C'était aussi, au Moyen-Âge, la couleur du vêtement imposé aux lépreux. Bref, les "gilets jaunes" ont des antécédents. On pourrait me rétorquer qu'il s'agit là d'une coïncidence. Hélas je ne crois pas aux coïncidences ! Le jaune "rebelle" Dans le modèle Process Communication que j'utilise régulièrement pour aider mes clients à réfléchir à leurs besoins, leurs canaux de communication, leurs comportements sous stress et leurs mécanismes et scénarios d'échec, Taibi Kahler a lui aussi recours à des couleurs. Le jaune en fait partie et il l'attribue au type de personnalité dit "Rebelle", des gens extrêmement sympathiques et fréquentables (comme tous les autres d'ailleurs) et dont les comportements spécifiques sous stress peuvent être décrits ainsi : d'abord ils "rament", ils n'y arrivent pas, c'est trop dur, puis ils "blâment", car s'ils n'y arrivent pas, c'est la faute de l'autre, des autres, de vous si c'est à vous qu'ils s'adressent. J'ai déjà écrit un post là-dessus (lire ici). Nos camarades en gilet émargent assez largement à ce registre, ne trouvez-vous pas ? Bien sûr, selon les personnes présentes dans les manifs, il est tout à fait possible d'observer toute la palette des comportements mécommunicants : la croisade bien sûr pour les plus politisés de la bande, la manipulation pour les plus excités, le sur-contrôle des opérations pour les plus pointilleux, et bien sûr la capacité à faire des erreurs grossières pour les moins aguerris à la posture protestataire. Ceux qui ont participé aux barrages se reconnaîtront. Tout ce petit monde exprime de la "colère", mot d'ordre émotionnel générique, qui attire immanquablement, et de façon très appropriée, l'expression du "respect" chez tous ceux qui sont visés par la colère en question. Relire mon post sur les émotions à ce sujet Le problème est que les observateurs, même les plus bienveillants / respectueux, ne savent pas trop quoi faire de cette accumulation de râleries. Démissionner ? La difficulté avec ce genre de mot d'ordre est qu'il confond allègrement le problème et la personne. Faire de la pédagogie ? Cela revient à ressasser toute une série d'arguments que personne n'a envie d'écouter. Reconnaître la colère ? C'est fait, mais et alors ? Négocier : quoi et avec qui ? Les gilets jaunes voudraient-ils ouvrir une négociation ? Sur quels sujets : le prix des carburants, la fiscalité, les retraites ? Comment ouvrir ces négociations ? Qui les représente ? A force de vouloir éviter toute récupération politique ou syndicale, ce qui est peut être louable, cela devient compliqué, car la sainte alliance Dupont-Aignan, Le Pen, Mélenchon et Wauquiez fait un drôle d'attelage. Elle sent le hue et le dia, non ? Et puis qui dit négociation dit coopération et non bras de fer, créativité et non blocage, écoute mutuelle et non batailles d'arguments, analyse des intérêts en jeu et non guerre de positions. La guerre de position, chacun dans sa tranchée, nous venons de commémorer ses beaux résultats. Les gilets jaunes sont partis à l'abordage la fleur au fusil. Les lendemains pourraient sentir la gadoue. Lire Steve Pinker, encore Je terminerai ce post vaguement morose par un conseil de lecture, celui du dernier ouvrage de Steven Pinker, ce chercheur renommé en sciences cognitives dont j'ai déjà parlé. Il vient de publier "Le Triomphe des Lumières". En fin de week end, c'est une petite lueur, au lieu d'être le nez collé sur des chaînes d'info continues ou des rézocios babillards qui ne nous aident pas beaucoup. PS : Il ne faut plus dire "le ridicule tue", mais "le ridicule twitte" : représentation caricaturale du profil "compétitif-agressif"en négociation, le gros Donald a fini tout seul les commémorations de la fin de la guerre de 14-18. Puis, une fois rentré chez lui, il a twitté des baffes à Emmanouel. Il était insultant si on veut, ridicule en tout cas. Le pire, c'est qu'on s'habitue.
16.10.2018
Philippe Etienne
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Faire de la politique est un très rude métier. Certains de mes amis ont été frappés du virus. C'est le mot juste car ils sont tombés malades ! Avant de démissionner... Et j'en croisai un autre, il y a peu, qui me confiait "qu'il ne ferait pas ça toute sa vie" ! Et pourtant, c'est un très bon, je trouve ! Le problème vient d'une grande difficulté pour chacun d'entre nous à échapper aux jeux relationnels du "Triangle Dramatique" décrit par Steve Karpman. Ce Triangle, qui nous réunit parfois dans des rôles peu agréables de Persécuteur, de Victime et de Sauveur, s'installe bien souvent dans la relation que nous entretenons avec nos représentants, à commencer par le premier d'entre eux, le Président. Et ceci, quel que soit le pays dans lequel la scène se déroule. Car si le Triangle est qualifié de dramatique, c'est bien parce que s'y produisent des "coups de théâtre", qui nous font jouer, alternativement, l'un ou l'autre des trois rôles du Triangle. En résumé, personne n'est réellement un Persécuteur, un Sauveur ou une Victime, mais nous sommes tous capables d'en revêtir la tenue et le masque. Lorsque nous nous installons dans ce Triangle, nous allons connaître les 3 positions, à tour de rôle. Le prisonnier De façon très élémentaire, n'importe quelle personnalité politique, si elle entend être élue, va à la rencontre, et donc à l'écoute, de ses concitoyens. Plus forte est sa qualité d'écoute, plus grande seront ses chances de succès. A cette qualité d'écoute s'ajoute l'ambition programmatique des uns et des autres. Tout programme intègre un certain nombre de promesses, lesquelles sont faites, comme disent les cyniques, pour n'engager que ceux qui les écoutent. Déjà, rien qu'avec ce genre de formule, le décor peut s'installer et la pièce commencer ! Prenez un jeune Président plein d'allant à la marche triomphante, par exemple. Confronté aux pires adversaires qui soient, il "sauve" la République, l'idéal démocratique, l'Europe, la planète tant qu'on y est. S'il s'installe dans le rôle, et de nombreux événements vont l'y pousser, à mon avis malgré lui, le coup de théâtre qui va renverser la situation n'est pas loin. Et s'il s'entoure de personnalités aventureuses, idéalistes et un tantinet cyclothymiques, ou encore sous stress, ne bougez plus, ça va être un festival. C'est ce qui arrive à notre camarade, sous les commentaires en accéléré, au rythme des chaînes d'information continue et de réseaux sociaux qui ne brillent ni par leur sens de la mesure ni par leur qualité d'analyse. Comme il installe un style qualifié de "vertical" par opposition à la bonhommie nonchalante du prédécesseur, le voilà très vite, face à un ado impertinent ("salut Manu"), un horticulteur au chômage, un retraité plaintif, voire un italien ou un anglais de mauvaise humeur, dans le rôle du "Persécuteur", sorte de Jupiter foudroyant à coup de formules cash les "gens qui ne sont rien", c'est à dire n'importe lequel de ses concitoyens "Victime" et parfois fier de l'être. Quand la Victime fait un doigt d'honneur, le coup de théâtre est si soudain que les rôles changent, mais cela ne lui profite pas beaucoup plus. Car un "Sauveur" qui devient "Persécuteur" ne fait pas pour autant, sous les coups du sort ou les erreurs de comportement, une "Victime" présentable. Bref, le voilà prisonnier du Triangle. D'où la question : comment en sortir ? Steve Karpman donne la solution, et elle consiste à transformer le Triangle Dramatique en Triangle Compassionnel, dans lequel celui qui peut jouer le Persécuteur, prenant conscience de son Pouvoir, met en place une stratégie de Protection. Dans le Triangle Compassionnel, celui qui joue la Victime, reconnaissant sa Vulnérabilité, met en en place une stratégie Volontaire pour comprendre sa vulnérabilité, agir sur ses causes, et en sortir. Il peut en cela être aidé par celui qui, au lieu de se livrer au jeu du Sauveur, c'est à dire de se précipiter pour faire à la place de la victime, combler ses manques, va mettre en oeuvre une stratégie de Soutien, à la fois ferme et à l'écoute pour engager la victime dans une prise de responsabilité qui efface toute tentation d'attendre un quelconque sauveur. Tout cela est très résumé et mérite un travail en finesse et en profondeur auprès de ceux que vous observez jouer à ces jeux toxiques. Un petit film charmant que je recommande, Mademoiselle de Joncquières, avec l'excellente Cécile de France et le très génial Edouard Baer, donne une assez jolie démonstration de jeu et de sortie du jeu, en tout cas pour le personnage interprété par Edouard Baer. Si vous avez vu le film, qui nous éloigne de la politique mais nous plonge dans les jeux de séduction (et est-ce si différent ?), vous aurez observé le jeu toxique raffiné (si j'ose dire) entre le personnage de Cécile de France et celui d'Edouard Baer, avec toutes les conséquences pitoyables pour celles qu'ils entraînent dans leur sarabande. C'est dans la dernière partie du film que surgit la sortie du Triangle, grâce à l'attitude courageuse d'une "Victime" et à la capacité du personnage joué par Edouard Baer, touché par ce courage, de prendre conscience de son pouvoir et de sa capacité à offrir compassion et protection au lieu de continuer à jouer. Et si vous n'avez pas vu le film, vous savez ce qu'il vous reste à faire !
05.09.2018
Philippe Etienne
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Lors de la "cérémonie de passation de pouvoirs" (expression consacrée) au ministère de la Transition Ecologique, Nicolas Hulot était en larmes. J'avoue avoir été impressionné par cette image. Je me dis que nous avons collectivement besoin d'en tirer quelques enseignements. D'abord sur la cruauté absolue de la vie politique. La surabondance des commentaires, les piapias infernaux des chaînes d'information continue, les remarques vaseuses des observateurs, le foutoir innommable des réseaux sociaux, franchement, effectivement, il y avait de quoi pleurer. Quand Nicolas Hulot a pris ses fonctions, que n'a-t-il pas subi comme commentaires malveillants. Et ceux qui le critiquaient le plus vertement quand il était en fonction sont naturellement ceux qui se sont mis à chanter ses louanges à son départ. Dans ce pays (voire dans d'autres), un responsable politique devient supportable lorsqu'il quitte ses fonctions. Le bal des faux culs est un sport très répandu. J'aurais préféré qu'il reste, qu'il arrive à prendre de la distance par rapport aux contraintes insensées qui pèsent sur tous ceux qui prennent des décisions, se confrontent à l'adversité, cherchent à faire bouger les lignes que personne n'a très envie de voir bouger. L'écologie est à la politique ce que la culture est au programme télé. Le peuple en réclame, mais personne ou presque n'y prête attention. Un bon diesel c'est comme une bonne émission de téléréalité, c'est moins fatigant. Et puis c'est toujours aux autres que chacun fait des reproches. Parfaitement inutiles. Je n'ai rien de l'écolo militant. La décroissance m'ennuie, les vegans me cassent les pieds, le vélo n'est pas mon moyen de transport quotidien préféré, Eva Joly me sort par les trous de nez et je mettrai bien sous camisole ceux qui n'aiment pas les ondes de téléphone, les vaccins, les bouchers-charcutiers, etc... La bien-pensance écolo me donne envie de faire exactement le contraire. Bon, les foutaises de Donald me retiennent, c'est déjà ça. Un très bon coach que je connais bien a écrit un papier en référence à Nicolas Hulot que je trouve excellent. Il trace un parallèle entre la détresse de notre ancien ministre et celle des "managers transversaux" que nous rencontrons dans toutes les entreprises du monde. Nous sommes donc tous des Nicolas Hulot en puissance. Séchons nos larmes et moquons nous de nos adversaires. Ils sont risibles et mous. Comme disait René Char dans une citation ultra-connue : "Impose ta chance, serre ton bonheur, va vers ton risque, à te regarder ils s'habitueront". No pasaran !Post-scriptum : la citation de René Char est tellement connue que Chanel l'utilise dans sa campagne de pub "Révisez vos classiques". Je découvre cela dans le métro ce matin.
29.07.2018
Philippe Etienne
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Lorsque j'observe le succès d'audience que j'enregistre avec mon post "Benalla bla bla bla", moins radical cependant que celui que j'avais enregistré sur mon post lié à l'affaire Fillon, je me dis que mes braves et dévoués lecteurs réguliers ou occasionnels ont besoin de comprendre ce qu'est une "communication de crise". Avis aux vertueux Ce post a donc pour ambition très modeste de faire le point sur la façon dont les choses se passent. Il y a tellement de journalistes qui donnent des conseils dans ce domaine qu'il n'est pas invraisemblable que les gens du métier écrivent des articles sur le sujet. Au passage, ce serait une lecture toujours utile au héros du moment, même si je l'imagine très bien conseillé et très à l'écoute des conseils qu'il reçoit, si j'en crois la pertinence de ses interventions tant au Monde que sur TF1. Surtout c'est une lecture pour ses inévitables successeurs en infortune, car, que personne n'en doute, ce genre de bazar arrivera à n'importe quelle formation politique au pouvoir. Les vertueux d'aujourd'hui sont les mis en examen de demain. Crise de la communication La communication de crise est une expression bancale en fait. C'est davantage d'une "crise de la communication" qu'il conviendrait de parler. Je joue un peu sur les mots mais c'est aussi pour dire que communiquer est une activité humaine fondamentale et pas "la com'" dont les journalistes parlent avec mépris tout en cherchant cependant à toute force à s'y reconvertir au premier plan social venu dans leurs médias mal gérés. Donc quand c'est le bazar comme en ce moment, cela challenge extrêmement fort la capacité des uns et des autres à communiquer, c'est à dire à exprimer des choses dont les autres attestent la bonne réception. Le principe d'une crise est d'exploser les cadres habituels de référence du système touché. Avec ses impacts psychologiques visibles : sidération, confusion, déni, etc... chez ceux qui appartiennent au système en question. Dans l'affaire Benalla, le point faible n°1 du système, c'est le groupe parlementaire LReM. Or c'est à cet endroit là que la crise a éclaté et perduré. Rappelons que la crise peut être définie comme "la phase ultime d'une suite de dysfonctionnements". L'Elysée est attaqué mais ne craque pas trop. Mais bon, l'alerte est chaude. Le gouvernement n'est pas vraiment touché et d'ailleurs Edouard Philippe gère très bien la situation lors des questions au gouvernement. Ce n'est donc pas une véritable crise politique et encore moins une affaire d'Etat. La police va être de plus en plus impactée. La guerre des polices n'est pas qu'un simple titre de polar. Pourquoi ? Quatre raisons bien connues : - L'opinion publique est sensible à la relation à l'argent et à l'utilisation de leurs pouvoirs par ceux qui en détiennent. Vous avez du pouvoir ? Méfiez vous-en. - Le "breaking news"des chaînes d'info continues fait de l'audience et, pour tout député, la télé, c'est du gâteau. - L'opinion publique est méfiante. Regardez les études du CEVIPOF (Centre d'Etudes de la Vie Politique Française). Ce n'est pas glorieux. - Les réseaux sociaux adorent et amplifient le moindre aspect de la crise Quelles stratégies ? Il est possible d'en discerner globalement trois grandes. Aucune n'est exclusive ni miraculeuse et face à certains événements majeurs, la stratégie de communication la plus pertinente ne pourra que limiter les dégâts, pas stopper les événements. Le choix d'une stratégie dépend des réponses que les organisations et les responsables concernés apportent aux questions suivantes : - Quel est le seuil de crise atteint ? - Est-ce que l'organisation mise en cause a les infos ? - L'ampleur de la menace met-elle en danger l'organisation mise en cause ? - Quel est le média source ? Quel est son angle ? Coup de bol, c'est Le Monde. Teigneux mais pro. Une réputation à maintenir. Ils ne feront pas n'importe quoi - Quel est le déroulement prévisible ? - Qui porte la responsabilité ? - Que peuvent les autres acteurs (les opposants) ? A part déposer des motions de censure sans lendemain et partir en vacances, pas grand chose. - Quelle est la force de l'accélération ? Maximale. Les attaquants n'ont pas le choix. Ils doivent foncer. Après ce seront les vacances, la sécheresse, la canicule, que sais-je. - Reconnaître : Les stratégies de reconnaissance sont à privilégier lorsque l'organisation pense qu'elle pourra bénéficier de circonstances atténuantes voire accroître son capital d'image à terme. C'est ce qu'a fait le pouvoir en place. J'entends certains me dire "ils ont mis plus de deux mois". Non. La crise éclate le jour de la parution de l'article du Monde. Avant il y a un incident potentiellement grave pour la réputation du Président qui a entraîné une mise à l'écart, et l'intéressé se sent "humilié". C'est la grève SNCF puis la coupe du Monde qui font tarder la sortie de l'affaire. Parce qu'il ne faut pas nuire aux camarades syndiqués d'une part, parce que les Français sont occupés à fêter les succès de leur équipe d'autre part, l'attention de l'opinion publique était ailleurs. Et que le lendemain du 1er Mai, à supposer que Le Monde ait eu l'info, il aurait été peu audible de sortir ce sujet alors que les images des casseurs sont dans toutes les têtes. Donc, mettre à pied, licencier, saisir la justice, saisir l'IGPN, mettre en place deux commissions d'enquête parlementaire, dire "je suis le seul responsable", ou "j'ai fait une grosse bêtise", c'est reconnaître. La question est alors : "tout reconnaître" ? ou "ne pas tout reconnaître" ? En l'occurrence, c'est "ne pas tout reconnaître" (pas les coups, pas la lenteur, etc...) Ne pas tout reconnaître c'est aussi dire "je n'ai pas demandé ce brassard, on me l'a donné". Les défunts Guignols auraient dit "il le porte à l'insu de son plein gré". Attention, je ne dis pas qu'Alexandre Benalla ment, je dis qu'il applique une stratégie de reconnaissance partielle des péchés qui lui sont reprochés. La justice fera le tri. Reconnaître cela passe aussi par amalgamer : "cela se fait couramment" (porter un casque, un brassard, voire une radio). C'est ce que Fillon avait très peu fait, à mon avis à tort vu le nombre de parlementaires employant des membres de leur famille pour des missions pas forcément évidentes. D'ailleurs c'est sur ce point que le législateur va travailler. Par conséquent, sort actuellement l'idée d'un"signe distinctif" et d'une "charte" pour les observateurs invités par la police sur ce genre de point chaud. Enfin reconnaître c'est aussi dissocier : "c'est la dérive d'un homme, pas une affaire d'Etat". - Latéraliser : Les stratégies de latéralisation sont à privilégier lorsque le dossier est fragile. Elles visent à déplacer le débat. C'est la stratégie de Gérard Collomb et de la police, qui se renvoient la balle. C'est aussi celle d'Alexandre Benalla lorsqu'il se victimise : "je dis les choses, je n'ai pas fait l'ENA, je ne suis pas sous-préfet, je dérange", voire Macron lorsqu'il attaque la presse : "beaucoup de journalistes ont dit beaucoup de bêtises". Encore une fois, cela ne veut pas dire que c'est faux. C'est une stratégie moins efficace. Fillon l'avait poussée à son paroxysme avec l'invocation d'un "cabinet noir". Alexandre Benalla n'en fait pas trop de son côté : "je ne suis pas dans la théorie du complot". Quant à Collomb, l'éditorialiste du Monde Françoise Fressoz, qui  n'est pas une extrémiste, trouve qu'il "a le profil type du fusible". On verra bien. C'est aussi pourquoi je trouve peu efficace les attaques du type "c'est le Watergate, l'affaire Boulin, c'est comme pour Cahuzac". Car ces attaques rappellent juste que d'autres responsables ont fait pire. - Refuser. Les stratégies de refus sont utilisées lorsque l'organisation concernée est "dos au mur". L'exemple le plus fameux est celui du secrétaire à la santé lors du scandale du sang contaminé : "je n'étais pas informé" ou de Georgina Dufoix sur le même sujet "je suis responsable mais pas coupable". Encore une fois cela ne veut pas dire que la personne ou l'organisation ment. La justice fait le tri. D'ailleurs Georgina Dufoix sera relaxée. Certains spécialistes ès crises parlent de "stratégie du chaînon manquant". Il y a aussi la stratégie de négation du problème. En se taisant puis en déclarant, bravache, "qu'ils viennent me chercher", ou en déclarant que "c'est une tempête dans un verre d'eau", Emmanuel Macron utilise aussi cette stratégie. Je suis d'accord avec lui, mais je sais que ces stratégies du refus sont dangereuses. Rappelons nous Giscard et ses diamants. Quand des adversaires font tout ce qu'ils peuvent pour vous discréditer et vous empêcher de travailler, c'est compliqué d'en rester à la négation du problème. Les stratégies du refus consistent aussi à trouver un bouc émissaire. C'est la stratégie de Mitterrand lors de l'affaire du Rainbow Warrior. C'est Charles Hernu qui paiera la note. A suivre ! Et lisez les ouvrages de Patrick Lagadec ou de Thierry Libaert
22.07.2018
Philippe Etienne
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Disons le carrément dans "l'affaire Benalla" sortie par Le Monde, tout est surjoué, de bout en bout. J'aimerai bien savoir qui était le manifestant à qui cet Alexandre Benalla a éprouvé le besoin de régler son compte. Je ne trouve rien sur lui. C'est qui, un saint ? Je me dis qu'au terme d'une première année de mandat où tout a été utilisé pour porter atteinte à la crédibilité du nouveau président, à sa dignité, à son honneur, etc..., des réformes importantes sont passées, les forces bloquantes habituelles ont échoué, au prix de millions perdus à la SNCF, de dégâts matériels insensés causés dans les facs par des groupes dont l'impunité est flagrante, et en plus l'équipe de France gagne la Coupe et fait la fête à l'Elysée avec des groupes de jeunes de banlieue ! Tout cela est inadmissible pour toute une clique qui s'apprête à prendre une claque de plus avec la réforme constitutionnelle, laquelle vise notamment à faire revenir le nombre de députés à leur niveau d'avant 1981. Alors oui Benalla doit être sévèrement sanctionné, car c'est pas bien de péter la figure des bolchos. Mais quand j'entends Mélenchon parler de Watergate, je me dis qu'il a vraiment pris un coup de soleil, le Méluche. Finalement, Mélenchon, c'est le Benzéma de la politique. Doué et imbuvable. Pas dans l'équipe. Je ne sais pas si les teigneux du Monde qui confondent Benalla et Ben Bella se rendent compte d'où l'on vient et comment nous sommes cernés. A force de faire du populisme à plein tubes tous médias hurlants, nous les aurons, les hyènes au pouvoir, comme les américains les ont eues, comme les anglais, comme les italiens, comme les polonais, comme les israéliens, comme les turcs... Tous ces dirigeants vulgaires, menteurs, tricheurs. Je trouve que ça devient sombre. En plus je relis Stefan Zweig et son "Le Monde d'Hier". Il y décrit très bien le rôle hystérisant des médias dans l'exploitation de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, que les Autrichiens détestaient et avaient rapidement enterré sans émotions, et qui pourtant va servir de prétexte à l'enchaînement calamiteux qui mènera à la première guerre mondiale. Hmm, je fais monter le moral des lecteurs, moi. En termes de communication de crise, voilà cependant comment je vois la chose : - toute crise aigüe est précédée de signaux faibles. Je vais oser faire rentrer dans cette catégorie l'affaire de la piscine, celle de la vaisselle, celle du bus qui va trop vite, etc... Toutes histoires à la mords-moi-le-noeud qui montrent qu'une partie de l'opinion, et les médias qui l'écoutent, a envie d'en découdre avec le Président. Parce que, bon an mal an Macron avance et dérange les positions acquises à peu près autant qu'un pompier ou un agent des services sociaux dérange les trafiquants de drogue dans les cités ghettos. - L'affaire Benalla est aujourd'hui dans sa phase aigüe typique avec montée d'adrénaline maximale, déluge d'articles, foutoir invraisemblable - L'impératif de renouvellement médiatique fait que cette affaire devrait s'essouffler d'ici la fin de la session parlementaire qui a été prolongée jusqu'à fin juillet. Encore 10 jours. Nous allons entrer dès ce lundi dans la phase "chronique". L'affaire ne sera plus au top du top mais les braises seront encore chaudes et il ne faudra pas grand chose pour les rallumer. d'où l'intérêt que Macron a de se taire, Collomb de rester à son poste et aussi le "dircom" de Macron, l'ex-journaliste Bruno Roger-Petit. Le cadre est très fortement challengé, ce serait préférable qu'il ne craque pas - En Août cette histoire devrait sortir des radars avec ce que nous appellerons la phase de cicatrisation. Cela fera mal encore mais il sera temps de tirer les leçons pour éviter que cela ne se reproduise. De toutes façons ne pas perdre de vue que toute crise est à la fois risque et opportunité. La grande question pour le mois d'août sera donc : quelles opportunités pour Macron et sa majorité grâce à cette affaire ? Je ne doute pas qu'il y réfléchisse, et qu'il a donc bien raison de se taire pour l'instant ! PS le 27 juillet : Quelques compléments : a) Alexandre Bénalla n'a "pété la figure" de personne, cela est devenu évident. Il aurait mieux fait de ne pas répondre à l'invitation que la police lui a faite. Le fait que la police lui fasse cette invitation, lui montre les images de vidéo-surveillance et lui envoie un DVD "pour sa défense" est de nature à nourrir chez moi les soupçons les plus vils. b) c'est bientôt les vacances. Du coup les opposants sortent des motions de censure (chacun la sienne a priori, ou bien "on la votera mais on la signera pas", le ridicule ne tue pas) et surjouent la censure en clashant leurs commissions d'enquête. Rires. c) les braves gens regardent tout cela d'un air ahuri d) les chaînes d'info continues qui craignaient le désert des vacances et surtout d'après Coupe du Monde, se réjouissent de conserver quelques téléspectateurs. e) Macron a réagi un peu trop vivement et un peu trop tôt à mon avis. f) ce serait bien que certains journalistes évitent de donner des conseils de com'.... il est difficile d'être juge et partie. La pire intervention que j'ai vue est celle de Janique Halimi, du Parisien. Journaliste ou polémiste ?
26.06.2018
Philippe Etienne
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Les négos internes sont les plus dures : la preuve par le Brexit Pour qui s'intéresse à la négociation, le cas "Brexit" est de l'or en barres. Il est de nature à rassurer tous ceux qui se disent que négocier avec leur voisin de bureau est bien plus compliqué que de négocier avec un fournisseur, un client, un partenaire, même le plus "difficile". Négocier "en interne" est beaucoup plus difficile. Par conséquent ça patine sérieusement dans la sauce à la menthe du côté de la Tamise. Le commentaire est souvent de dire "les anglais ne savent pas ce qu'ils veulent". De fait, avec un résultat de référendum qui donnait 52% environ pour le Brexit et 48% contre, il était prévisible que l'outre-manchois s'entre-déchire. Au coeur du débat, les intérêts en présence, au sein même du Royaume, qu'il est nécessaire de passer en revue. Ces intérêts ont hélas été très mal examinés lors de la campagne "Leave or Remain". Les campagnes électorales sont simplistes, les intérêts de chacun le sont beaucoup moins. Bref, faire un référendum était peut être la seule manière de prendre une décision sur le sujet, mais comme le dépiautage des sujets à passer en revue est incroyablement plus subtil, le Brexit est voué, j'en suis persuadé, à l'échec absolu. Car si j'avais bien tort de croire que les anglais n'étaient pas assez idiots pour prendre une décision pareille, je me dis, incurable optimiste, que toute cette histoire finira en eau de boudin. J'aime bien la formule de Pascal Lamy selon laquelle le Brexit s'apparentait à sortir un oeuf d'une omelette. Au pays des oeufs brouillés du matin, c'est presque bizarre qu'ils n'en aient pas davantage eu conscience. Bref, je prends les paris, le Brexit n'aura pas lieu. Et pourtant, Dieu sait qu'envoyer un coup de pied aux fesses des grands bretons me ferait du bien. Mais mon bien-être, dans l'affaire, n'a pas beaucoup d'importance ! Car, bon, par quelque bout que l'on prenne l'affaire, le Royaume-Uni est un pays européen, une île certes, mais en Europe, comme l'île de Ré si vous voulez, mais en plus grand et avec des fish & chips à la place des huîtres :-). La géographie est un très grand critère objectif. Et le rôle du Royaume-Uni en Europe, dans toute son histoire, est considérable. Son influence est majeure, dans tous les domaines : culturel, artistique, politique, économique aussi évidemment. Si McCartney n'est pas mon frère, alors qui l'est ? Le Brexit est donc un défi à l'économie bien sûr mais aussi à la géographie et à la culture. En fait il est le résultat d'une immense difficulté à faire le deuil des Etats-Nations. Si cette crispation a atteint les anglais en pleine face, elle touche fortement les italiens, les polonais et les hongrois. Les grecs furent très touchés et semblent en voie de guérison. Les allemands sont très contaminés ces temps-ci apparemment. Elle nous atteint nous aussi, honnêtement, dans un autre registre, quand nous nous exténuons à abriter les corses qu'on ferait mieux d'envoyer au diable vauvert, comme les espagnols qui ne s'en sortent pas avec les catalans. Inutile de dire que je ne crois pas à la Catalogne ou à la Corse indépendante. A l'heure de la mondialisation, l'indépendance est juste une illusion. Tous ces braves Etats comme leurs belles régions n'ont qu'un avenir européen, au moins pour les quelques siècles à venir, avant que nous ne passions à une étape supplémentaire d'intégration, que je ne serai plus là pour commenter. Discuter l'indiscutable Le Brexit revient donc à discuter l'indiscutable. Boris Johnson est de la même eau que Laurent Wauquiez. Plus drôle quand même a priori car Laurent Wauquiez, non seulement est ridicule et pénible, mais il est surtout mortellement ennuyeux. Il fait des phrases ! Au moins n'est-il pas trop dangereux. Car le nationalisme, c'est la mort. Relisez Stefan Zweig, Le Monde d'Hier. Lorsque nous sommes confrontés à "l'indiscutable", auquel nous aurions aimé échapper, nous réagissons comme les anglais qui craignent pour leur mode de vie, nous traversons ces phases qu'Elisabeth Kübler-Ross a formalisé sous le nom de "courbe du deuil". Je vous les rappelle (j'ai déjà écrit là-dessus, mais c'est bien de faire des révisions de temps en temps, après tout c'est l'époque du bac) : - first (ben oui, je parle anglais), le déni, le rejet de la réalité. A l'échelle du Brexit, c'est cette incapacité à se dire que l'empire est mort - deuxio, la colère. Nous y étions il y a deux ans. Cameron en cherchant à manipuler son opinion publique pour tirer les marrons du feu, crée la situation qui conduit au Brexit. Du coup ils sont effectivement débarrassés de leur Premier Ministre mais ils héritent du Brexit, au grand désappointement de Nigel Farage et de Boris Johnson, qui ne pensaient pas se retrouver au pied du mur à ce point. Zut, ça avait marché. - troisième étape : le marchandage. C'est ce à quoi les anglais se livrent entre eux, et parfois avec nous, le marchandage étant par ailleurs une forme de négociation qui contribue à créer très peu de valeur mais surtout à fabriquer des compromis douteux. - par conséquent, après deux années de ces discussions stériles, nos amis grands bretons arrivent à la quatrième étape de la courbe, celle qui guette les syndicalistes SNCF au passage, celle de la déprime. Chacun constate qu'il tourne en rond, que la réalité est ce qu'elle est, et si tout cela est très ennuyeux, ce n'est pas discutable, en effet. Elisabeth Kübler-Ross a développé l'accompagnement des grands malades par les soins palliatifs, c'est vous dire si cette analyse s'applique à des situations autrement plus douloureuses ou personnelles que le Brexit, la réforme de la SNCF ou autres bricoles démocratiques. - le cinquième  point de la courbe est dans l'acceptation du problème, et ainsi dans sa résolution, car, au lieu de l'éviter celui qui y est confronté va se décider à le prendre en main, à l'assumer et à aller de l'avant, vers son destin en quelque sorte, lequel est différent de tout ce qu'il a vécu jusque là. Nous comprenons alors pourquoi ce n'est pas facile. Nous pouvons donc montrer un poil de compassion pour ces pauvres grands bretons, qui vont en plus continuer à venir rougir lamentablement sur nos plages cet été. Car nous ne devons pas manquer de compassion. Quand je vois la quantité de polémiques de seconde zone : la piscine, la vaisselle, le collégien, le pognon, gonflés à l'hélium des rezosocios décérébrés, tout ça parce que notre Macron national fait quelques transformations dans la maison, je pense que nous n'avons pas trop à nous moquer de qui que ce soit sur la planète ! Il y a bien d'autres vrais sujets à traiter, et aucun n'est simpliste. At the same time, quoi !
11.06.2018
Philippe Etienne
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Cette photo épatante a été prise par l'agence de presse allemande DPA. Comme dirait l'autre, un bon croquis (en l'occurrence une bonne photo) vaut mieux qu'un long discours. "L'autre" étant Napoléon, c'est vous dire si la citation est pleine d'à-propos ! Les amoureux de la communication non-verbale peuvent prendre leur pied avec cet instantané, ce pris sur le vif formidable. Merkel, tout le corps en avant, met visiblement tout son poids dans la balance. Shinzo Abe a par contre les bras croisés et l'air "droopy" plus vrai que nature. Il sait que cela ne sert à rien. Macron est de son côté lui aussi en action de conviction, même si la photo le montre davantage de profil. Merkel ne sourit pas vraiment, lui un peu plus, sur le thème "bon, Donald, arrête ton cirque". Quant au Donald, justement, bras croisés et l'air arrogant et moqueur, il est évident qu'il a l'air de s'en foutre comme de son premier hamburger. C'est d'ailleurs le cas, sans aucun doute possible, il l'a dit en un peu plus de 200 caractères, une fois de retour dans sa niche Air Force One. Plus ça va, plus Trump me fait penser au clébard agressif de Tom et Jerry : Plus sérieusement, Donald Trump est le profil le plus caricatural du négociateur dit "compétitif-agressif". Basiquement, les profils compétitifs aiment gagner, ne perdent pas de vue (jamais !) leurs intérêts et sont évidemment de formidables ressources pour ceux qui les emploient. Ce sont des négociateurs dits "durs". Nous avons tous du compétitif en nous, à des degrés divers. Nous les opposons aux "coopératifs", assertifs et bienveillants, qui travaillent à protéger leurs intérêts en même temps que la relation. Sous stress, le profil dit coopératif peut avoir tendance à devenir "soumis", au risque donc de perdre de vue ses intérêts. Un altruiste débordé, en quelque sorte. Le profil compétitif dit "agressif", que je décris, par égard pour ceux auxquels je m'adresse, comme "sous stress" lui aussi, est aveuglé le plus souvent par son ego, ou par une vision particulièrement rigide de son mandat, et donc, à cause de l'un et / ou de l'autre, capable de mettre en danger la relation avec le(s) autres(s) pour pouvoir (se) dire qu'il a gagné coûte que coûte. De façon schématique, le profil compétitif-agressif cherche à vaincre dans un rapport de force et se montre rigide, arrogant, hostile, intolérant, égoïste, agressif, violent... Nous en avons beaucoup dans nos rues et nos plateaux télé en France aussi, le Donald est un repoussoir pratique, mais bon, il n'est pas le seul de son espèce. Donald pourrait se contenter d'être "compétitif-efficace", c'est à dire : dur toujours mais aussi observateur, bien préparé, ayant le sens du timing, toutes qualités que nous pouvons espérer le voir mettre en pratique face au petit père Kim, car dans le genre casse-noix, le Coréen du Nord en tient une sacrée couche également. Cependant, et c'est tout le drame avec le Donald, il est tellement pénible, notre "winner" du Potomac, que le bolcho coréen ou les turbans de Téhéran finissent par paraître moins pénibles que lui. C'est dingue. Bon, il continue de pleuvoir des trombes mais Nadal a gagné Roland-Garros pour la onzième fois, c'était déjà ça ! Dans le genre "dur", il est réjouissant, l'animal (la photo est du Point). Au moins les matches de tennis ne prétendent-ils pas être des négociations !
20.05.2018
Philippe Etienne
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Il y a des jours où je délire Il m'est arrivé une toute petite histoire curieuse pas plus tard qu'hier. Alors que j'étais avec mon cadet à sélectionner un film que nous aurions envie de regarder ensemble, nous tombons sur la bande annonce du film The Square, palme d'or à Cannes l'an dernier. Le trailer décoiffe un brin et surtout il me met face à un visage d'actrice qui me fait dire : "c'est dingue, pourquoi j'ai l'impression de la connaître". Et quand je dis "connaître", ce n'est pas seulement à d'autres films dans lesquels j'aurai pu voir cette actrice que je pense. J'ai l'impression de l'avoir connue en vrai ! Alors que je ne sais même pas comment elle s'appelle 😁 Je fouille sur Google la carrière de l'actrice en question, qui s'appelle Elisabeth Moss et là, tout s'éclaire : elle joue dans la série Mad Men ! Le pouvoir des séries J'ai tellement regardé Mad Men à une époque que je finissais par y penser, à l'intrigue comme aux personnages, parfois dans la journée, comme je pense à des amis ou à des personnes avec lesquelles je vis ou travaille. Je m'étais fait la même remarque avec les personnages de Downtown Abbey, autre série qui m'avait bien envahi le quotidien. Elisabeth Moss est, dans Mad Men, un des personnages les plus intéressants de la bande de pubards new yorkais au coeur de la série. Donc, si le coeur vous en dit et si vous n'avez toujours pas vu un épisode de Mad Men, je vous laisse les découvrir. The Square : miroir ironique salutaire Vous pouvez aussi regarder The Square, qui nous a bien bottés, mon cadet et moi. Nous sommes, avec un peu de retard, tout à fait d'accord avec l'honneur fait à ce film Palme d'Or 2017 ! Si vous vous intéressez à la manière dont on réfléchit à la médiatisation d'un évènement, à la façon dont les journalistes travaillent avec les communicants de mon espèce comme avec les dirigeants, aux relations que les uns et les autres peuvent nouer, the Square vous donnera quelques clefs sardoniques sur la manière dont les choses se passent. Je ne suis pas sûr que ce soit à la gloire ni des communicants, ni des dirigeants, ni des journalistes. C'est d'ailleurs une des choses que j'ai aimé dans ce film. A force de ne pas faire dans le détail, le réalisateur, Ruben Östlund, passe au large de tous les emmerdeurs sentencieux. Son film garde une saine distance moqueuse avec tous sans tricher particulièrement avec la réalité. Par exemple, tous les points du scénario liés à la communication sont crédibles. Le raisonnement de l'agence de com' montrée dans le film est d'une validité stratégique incontestable, les résultats sur réseaux sociaux sont hélas à la hauteur du bidule qui leur est proposé, la légèreté, puis la lâcheté de certains dirigeants est bien cernée. La réalité a bien souvent dépassé la fiction que nous propose joyeusement The Square. Quant à l'art contemporain, prétexte central du film, pour avoir fréquenté de près les promoteurs de la Gaîté Lyrique et croisé les animateurs du Palais de Tokyo il y a pas mal d'années, j'avoue que la mise en boîte réalisée par The Square est sacrément réussie. Je parle bien de mise en boîte, pas d'étrillage en règle. Car c'est aussi ce que j'ai aimé dans ce film. Il se moque, mais il y a de la tendresse là-dedans. Il m'a d'ailleurs semblé que The Square avait trouvé cet équilibre dans l'humour qui manque à tous les régleurs de compte de France Inter, du Quotidien, et autres comiques troupiers de l'époque. The Square est une jolie illustration de ce que pourquoi plaide mon camarade Didier Pourquery dans son dernier rafraîchissant bouquin : "En finir avec l'ironie ?". Bref, regardez The Square si vous en avez l'occasion : les travers bien-pensants de nos gentilles démocraties qui font rêver les migrants, sont très bien cernés. Grosse réussite aussi bien dans l'approche du scénario, l'interprétation des acteurs que le traitement du réalisateur. Chouette moment. Quant à cette brave Elisabeth Moss dont je ne me rappelais plus le nom... et bien dans le film, le personnage principal joué par Claes Bang, lui fait presque le même coup... et pourtant, lui, dans le scénario, il ne s'est pas contenté de la voir dans une série américaine 😎
07.05.2018
Philippe Etienne
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J'ai déjà eu l'occasion dans ce blog de dire tout le bien que je pensais du film Vice-Versa, produit par Pixar, un film pour les enfants comme pour les parents qui aide à comprendre le rôle des émotions dans nos comportements et nos décisions. Le caractère ultra-émotionnel de l'actualité, entre anarchistes violents, célébrations soixante-huitardes et autres Fête à Macron, sans oublier le PDG d'Air France qui joue au poker, me donne envie de revenir sur ces émotions et ce qu'elles traduisent de nous. La colère : commençons par elle puisqu'elle est la vedette de nos médias. C'est intéressant d'en observer les gradations successives : au départ il existe une contrariété, laquelle peut muer en agacement, ces deux premiers stades restants somme toute gérables. Si nous n'y arrivons pas, les choses vont devenir plus compliquées. A l'agacement va succéder l'énervement. L'énergie monte ! Ensuite vient l'agressivité, et c'est là que les projectiles pleuvent sur les vitrines, les gendarmes mobiles ou les chemises blanches des DRH... Ces différents stades d'énergie se mettent en mouvement car au départ il existe chez celui (ou celle !) un besoin qu'il n'arrive pas à satisfaire, le besoin de respect. Prenez le camarade Mélenchon, colérique chronique, il raconte très bien l'absence de respect, de considération, dont il dit avoir fait l'objet de la part des instances dirigeantes du PS. Au-delà du personnage, les phénomènes économiques engendrés par la mondialisation, génèrent un sentiment de perte de contrôle, d'insignifiance, à la racine des mouvements que nous pouvons observer. Que faire alors pour la faire retomber ? Pensez alors au remarquable film de Sidney Lumet, justement intitulé "Douze hommes en colère", avec Henry Fonda dans le rôle principal. Il est intéressant de voir comment Henry Fonda va se confronter à la colère de ses homologues. Il leur pose des questions, il laisse la porte ouverte, il assume son désaccord et les interroge sur ce à quoi ils croient. Il utilise son pouvoir, celui d'être un juré comme eux, pour les faire réfléchir et pas pour les contraindre. Et il emporte le morceau. La colère n'a rien à voir avec la justice ou la vérité. La peur : continuons avec elle puisque c'est ce que ressentent tous ceux qui se trouvent licenciés parfois sans ménagement, ceux qui vivent dans des environnements dégradés, etc... Cette émotion naît avec le doute, lequel peut muer en inquiétude. Là encore, l'émotion ressentie joue en nous mezza voce. Elle prend de l'énergie si elle se mue en appréhension, puis en angoisse, voire en terreur ou effroi. La peur souligne que nous nous sentons en insécurité, elle part d'un besoin de protection. La peur nous invite à questionner la réalité. Que font les parents confrontés aux enfants qui font des cauchemars ? Ils leur offrent leur protection sans concession, font parler les enfants de ce qu'ils viennent de "voir", ils les ramènent progressivement dans une réalité a priori rassurante. Nous sommes tous de grands enfants. La tristesse : c'est l'émotion que ressentiront tous ceux qui, dans notre actualité chargée, auront l'impression d'avoir engagé un bras de fer "pour rien". C'est une impression très présente chez les managers ou les dirigeants que je peux rencontrer lorsqu'ils ont perdu un job, un statut, un sentiment d'appartenance. La tristesse nous dit que quelque chose de bon s'est achevé, quelque chose qui donnait du sens à notre vie. A basse intensité, la tristesse commence avec une déception, qui peut muer en nostalgie. D'intensité plus forte elle se mue en mélancolie, et, dans les cas les plus douloureux en désespoir, en dépression, elle peut déboucher sur des suicides. La tristesse s'installe lorsque nous avons perdu ce qui nous rendait vivant, ce qui faisait le sel de notre quotidien. Confronté à la tristesse, la nôtre ou celle de nos proches, la ligne de conduite est de les accompagner bien souvent dans la prise de conscience de ce qui manque, et de les aider à chercher d'autres sources de sens. La joie : c'est une émotion positive alors les choses nous paraissent plus simples. Nous pouvons en observer là aussi des gradations : au départ nous sommes contents et ce contentement peut muer en satisfaction. A forte intensité nous ressentons de l'enthousiasme. La joie peut devenir vaguement dérangeante lorsqu'elle mue en exaltation, pour ne pas dire en hystérie. Pour prendre un exemple en forme de clin d'oeil, rappelons-nous lorsque Tragicomix, dans Astérix Légionnaire, s'écrie "je vais revoir Falbala, je vais revoir Falbala !", Obélix ne peut s'empêcher de maugréer "gnagnagna". Rappelons nous les résultats de nos examens, ces débordements exaltés lorsque le résultat est positif... que ne vivent pas très bien ceux qui se sont fait recaler ! Du vécu, vous dis-je, du vécu. Bref, la joie est casse-pieds parfois, il suffit de se rappeler les polémiques râleuses chez les vaincus lorsque notre Jupiter favori est allé fêter son premier tour à la Rotonde ! La joie signe une réponse à notre besoin d'accomplissement. C'est important de ne pas la louper. Je connais quelques dirigeants et managers qui oublient régulièrement de célébrer la réussite, la leur et celle de leurs équipes. Cela donne des organisations sans joie. L'émotion de la joie favorise le sentiment de fierté. C'est très important ! Apprenons donc à communiquer nos émotions, à écouter celles des autres, aussi difficile que cela soit parfois ! Le film Vice-Versa nous apprend qu'elles nous aident à grandir. Revoyons Vice-Versa ! PS : un lecteur attentif et cultivé m'a fait remarquer, à la toute première édition de ce post, que je m'étais mélangé les pinceaux dans l'exemple, brillant bien sûr, que je tire d'Astérix. J'avais attribué à Obélix les répliques du bellâtre Tragicomix ! Bourde corrigée. Que ce lecteur érudit en soit remercié ! Son attention m'a apporté une joie sans mélange :-) !

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